Interdiction de voyage au député Célestine Adjanohoun ;
27 novembre 2007 - La Presse du jour
La vérité
que cache Nago aux populations
La délégation parlementaire conduite par Mathurin Nago qui s’est rendue aux
Etats-Unis est rentrée le vendredi 23 novembre 2007 au pays. A l’aéroport de
Cotonou, le président de l’Assemblée nationale a décliné toute responsabilité
quant à ce qui est arrivé à son collègue Célestine Adjanohoun. Mais en faisant
croire que c’est l’Ambassade des Etats-Unis qui a refusé de délivrer à celle-ci
un visa, Mathurin Nago n’a malheureusement fait que donner, raison à ceux qui
continuent d’avoir des réserves par rapport à sa possibilité de s’affirmer en
tant que président d’une institution.
Le
président Nago n’a pas dit la vérité aux Béninois sur ce qui est arrivé à son
collègue Adjanohoun. Ceux qui pouvaient comprendre ont compris après
l’explication laconique servie aux confrères au salon d’honneur de l’aéroport
de Cadjèhoun. « C’est le jour du départ que nous avons compris que l’un de
nos collègues n’a pas reçu de visa. L’Assemblée nationale n’a rien à voir dans
ce refus, puisque ce n’est pas de son ressort… » Dixit Mathurin Nago. Une
explication trop simpliste par rapport à la gravité de l’acte. Le président de
l’Assemblée aurait pu ne rien dire et, laisser chacun à ses réflexions.
Malheureusement, son explication a montré jusqu’à quel point notre démocratie
est menacée. Voilà le président d’une institution de cette nature qui veut
voyager avec certains de ses collègues. Sans qu’il ne soit informé de quoi ce
soit, le jour même du voyage, il apprend qu’on a refusé de donner le visa à
l’un des membres de la délégation, sans qu’il n’en sache pourquoi. Il n’y a pas
pire humiliation que celle là. Ç’aurait été un vrai démocrate qu’il aurait créé
l’incident, ou tout simplement refuser d’effectuer le voyage sans son collègue.
C’est à croire qu’un jour, l’Ambassadeur des Etats-Unis peut décider sans
explication et de la même façon, de ne pas accorder de visa au président de
l’Assemblée même, sans que personne n’y trouve rien à dire. Cela paraît trop
beau pour être accepté aussi facilement, surtout qu’il s’agit des Etats-Unis,
l’une des plus vieilles démocraties de la planète. Là-bas, on ne fait rien à la
légère. Là-bas, on connaît ce que c’est que la présomption d’innocence, un
principe propre à un Etat de droit. Ce qui s’est plutôt réellement passé et
qu’on cache aux populations, c’est que l’ordre est parti de quelque part au
sommet de l’Etat en direction de l’Ambassade des Etats-Unis pour qu’on ne
délivre pas de visa à l’honorable Célestine Adjanohoun. Le même ordre est allé
du côté du Palais des Gouverneurs de Porto-Novo pour qu’on ne lui achète pas de
billet. Il est vrai qu’il faut d’abord le visa avant de remplir cette deuxième
formalité. Selon nos investigations, la raison évoquée, pour agir ainsi, est
que malgré le communiqué du conseil des ministres relatif à la levée de
l’immunité parlementaire des deux députés, beaucoup de Béninois continuent de
ne pas y croire. Pour ceux qui ont interdit le voyage du député, lui permettre
de l’effectuer sèmera encore plus de doute dans les esprits. Mais en agissant
ainsi, ils ont violé les règles élémentaires d’un Etat de droit. Voilà la
vérité que le président de l’Assemblée nationale cache aux populations. Il a
effectué le voyage malgré lui et du fond de son cœur, il ne peut pas se réjouir
d’être parti sans son collègue. Sous d’autres cieux, à son retour de mission,
il serait interpellé par ses collègues pour avoir failli à sa mission en tant
que premier des députés. Mais comme c’est au Bénin, on peut bien comprendre
Mathurin Nago. Il n’en est vraiment pour rien et comme il l’a dit, la
délégation a joué efficacement son rôle, même sans Adjanohoun.

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