Mesures hardies prises par le gouvernement pour remédier à la cherté de la vie :

 réellement efficace ?

 Ce Ludi 17/12/2007
  Raphael AKOTEGNON

Présentation de la situation et les mesures pour y remédier

Il y a déjà des mois voire des années que la vie est devenue chère, très chère, en raison de l'érosion croissante du pouvoir d'achat de la population. Les produits de grande consommation tels que la farine de blé donc le pain et autres produits dérivés, le riz blanchi, les pâtes alimentaires, le sucre, et même les denrées cultivées localement  comme le maïs, le mil, la farine de manioc, le sorgho, et bien d'autres produits se renchérissent au fil du temps. Les produits pétroliers comme le gaz de chauffage, les carburants, le gaz oïl ne sont pas en reste. Cette liste est complétée par les matériaux de construction tels que le ciment et le fer à béton.

Devant cette situation de cherté accrue, la population ne sait plus à quel saint se vouer tandis que nous assistons, paradoxalement, à l'augmentation du train de vie de l'Etat et à une situation de surliquidité au niveau du Trésor Public et des banques de tous ordres. A quoi sert-il de thésauriser pendant que l'économie tourne au ralenti et que la population est en proie à la faim ? Qu'est-ce qui empêche le gouvernement d'utiliser cette surliquidité pour relancer la production nationale afin de réduire la dépendance de notre pays vis-à-vis des produits importés ?

 

Beaucoup plus préoccupé par sa cote de popularité, le gouvernement a quand même fini par se rendre à l'évidence en prenant des mesures après un temps de laxisme coupable et surtout, parce que acculé par les cris de détresse quotidiens de nos compatriotes.

 

En effet, la semaine écoulée, à grand renfort de propagande le gouvernement a vulgarisé ses mesures  dites hardies pour contrer cette situation qui n'est guère favorable à la paix et à la quiétude des populations. Ces mesures qui sont de deux ordres concernent d'une part les dispositifs fiscaux (crédits d'impôts sur stocks existants et fixation de valeur mercuriale annulant ou minorant les droits et taxes à l'importation) et de mise à disposition à coût réduit de maïs par le biais de l'ONASA, d'autre part les dispositifs pour réorienter à terme la consommation nationale à travers la définition d'une politique nationale de consommation.

 

Malgré tout le tapage médiatique orchestré par le Gouvernement sur la mise en œuvre de ces mesures les opérateurs économiques et les revendeuses pour la plupart refusent d'appliquer les prix fixés pour la simple et bonne raison qu'ils ne peuvent pas vendre les stocks disponibles en deçà de leur coût d'achat. 

  • Les chances de réussite de ces mesures.

Prenons le cas des produits importés : A ce niveau les pouvoirs publics ont décidé de renoncer à la perception de tout ou partie des droits et taxes à l'entrée pour permettre l'accessibilité de toutes les couches à ces produits.

Il s'en suit que les prix actuels ne  peuvent être réduits qu'à hauteur du montant des doits et taxes abandonnés pour autant que ceux-ci constituent des éléments du prix de revient (en principe, la TVA payée au cordon douanier n'est pas un élément du prix de revient parce que récupérable en aval). En outre, les prix fixés pour certains produits, en l'occurrence la farine de blé, sont irréalistes  parce prenant pour base des factures fictives produites par certains importateurs habitués à minorer la valeur en douane afin de maximiser leur marge avec à la clé, une concurrence déloyale à la farine de blé produite localement.

 

    

Normalement, les mesures gouvernementales devraient se concentrer sur les produits agricoles et agroalimentaires locaux afin de décourager la grande consommation de produits importés. Bien que notre pays ait opté pour le libéralisme économique, il n'est pas interdit de créer un régime de faveur au profit de l'agriculture et de l'industrie locales en prenant les dispositions requises ou appropriées pour éviter l'exportation non autorisée de certains produits locaux vers l'hinterland.

 

Au demeurant l'on est en droit de se demander si ces mesures ne constituent pas de la poudre jetée aux yeux de nos populations par les dirigeants actuels, à la veille des prochaines élections communales, municipales et locales dans le dessein d'endormir ou de tromper l'électorat ? Une fois les élections passées, les populations seront  remises à leur  ancien maître qu'est l'inflation à travers la cherté de la vie à cause d'un gouvernement incapable de trouver les voies et moyens de sortir du cercle vicieux de la pauvreté.

 

L'exemple du Sénégal est là patent. Voyant le peuple souffrir face à la hausse vertigineuse du prix des produits de grande consommation il y à quelques mois, le gouvernement sénégalais a pris des mesures similaires pour contrer cette situation. Erreur ou manque de réalisme dans la prise de ces décisions ? Le constat est là têtu : la vie est toujours chère au Sénégal.

 

En conclusion, l'efficacité de ces mesures trouve ses limites dans la nature de notre budget qui est essentiellement fiscale. La renonciation par les pouvoirs publics à percevoir des recettes fiscales ne pouvant être actuellement que provisoire, l'on voit clairement que la solution trouvée constitue une fuite en avant. Le  véritable problème est de savoir si cette situation de baisse généralisée du pouvoir d'achat dans la sous région n'est rien d'autre qu'un signe avant coureur d'une nouvelle dévaluation du franc CFA ?

 

 



Article ajouté le 2007-12-16 , consulté 232 fois

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